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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 06:28
Libres propos de Ph.Godard: Contre le travail des enfants

Article de Philippe Godard  paru en mars 2002 dans le journal de l'association belge "Enfants du Monde" et repris ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Consultez la bio de Ph.Godard >>> ICI

Que faire face au travail des enfants ?

Il y a peut-être aujourd’hui 250 millions d’enfants travailleurs dans le monde. Demain, ils seront encore plus nombreux, parce que le travail des enfants engendre la misère, et la misère accroît le nombre d’enfants travailleurs. Les enfants travailleurs seront en effet demain des adultes illettrés dans des sociétés où l’écrit s’impose partout, des adultes incultes incapables de comprendre le monde dans lequel ils vivent et donc encore moins capables d’agir pour le modifier et s’émanciper eux-mêmes. Lorsque, à leur tour, ils auront des enfants, la probabilité que leur misère et leur inculture les poussent à mettre leurs propres enfants au travail est très grande.

Le travail des enfants engendre la misère, qui engendre le travail des enfants… Ce cercle vicieux n’est pas le seul que les êtres humains doivent briser s’ils veulent se libérer de la misère et de l’oppression dans lesquels vivent une trop grande partie d’entre eux. Et comme il semble impossible de s’attaquer d’un coup à tous les problèmes actuels de la planète, nous avons souvent tendance à les prendre un par un. Cette démarche est légitime, parce que le  monde est devenu trop complexe. Mais nous devons toujours avoir présente à l’esprit cette idée que le travail des enfants n’est que l’une des pièces d’un gigantesque puzzle – de même que la désertification des campagnes ou la croissance des bidonvilles dans les pays du Sud, et tant d’autres choses…Si nous touchons à une pièce, cela a des répercussions sur tout le puzzle. Ce qui signifie que, même si nous consacrons notre énergie à agir sur l’une de ces pièces, nous devons mesurer les conséquences que cela a ailleurs.

Or, les enfants travailleurs n’accomplissent pas tous des tâches de même nature, et il serait dangereux d’interdire de travailler à tous ces enfants. La plupart d’entre eux (environ les trois quarts) travaillent dans l’agriculture. Là, le plus souvent aux côtés de leurs parents, ils apprennent et répètent des gestes que leurs aïeux et leurs parents ont accompli depuis des générations et accomplissent encore. Je pense qu’il est légitime que ces enfants continuent dans cet voie, parce que les Occidentaux sont bien mal placés pour leur donner des leçons de « civilisation » ou de « développement », eux qui détruisent à grande vitesse l’écosystème et portent la guerre aux quatre coins de la planète.

Mais il en va tout autrement  des enfants qui travaillent dans le commerce dit  informel, dans les petits ateliers de mécanique ou autre, ou dans l’industrie. Ces enfants-là subissent des conditions infernales, qui vont parfois jusqu’à la torture. Leur travail ne correspond à aucun apprentissage – au contraire des enfants qui apprennent les gestes de l’agriculture. par rapport à ces enfants-ouvriers, nous, Occidentaux et adultes en général, avons une lourde responsabilité.

Au contraire de ce qu’on croit, les produits que fabriquent ces petits ouvriers sont le plus souvent réservés aux marchés locaux (en Inde, par exemple, beedies, bougies, tissus…). En effet, les ballons du Pakistan, les chaussures Nike, les livres découpés pour…enfants occidentaux par les enfants de Colombie, ou les tapis d’Inde et d’ailleurs ne représentent qu’une toute petite partie du travail infantile – ce qui ne veut en aucun cas dire qu’il n’est pas nécessaire de nous mobiliser. Bien au contraire ! Mais il faut savoir que le travail des enfants ouvriers ne disparaîtra pas grâce au boycott des produits exportés. Nous devons agir sur place, dans les pays pauvres, et proposer directement aux familles dans lesquelles les enfants travaillent , en atelier, en usine, ou dans la rue, une autre solution. Cette solution ne peut-être que l’école.

L’école assortie d’un repas le midi et de soins si nécessaire. Car les parents d’enfants travailleurs acceptent pour la plupart de retirer leurs enfants des usines s’ils ont la garantie qu’ils bénéficient d’un repas, qu’ils ne traîneront pas dans les rue, et qu’on les soignera s’ils sont malades. On le voit, l’effort requis est dérisoire au regard des sommes et de l’énergie dépensées pour les entreprises de mort (armements, guerres diverses, mise en place de plans d’ajustement structurel…). C’est là que l’action sur une pièce du puzzle pourra modifier tout le jeu : pourquoi les politiques qui nous gouvernent, les chefs d’entreprise et les banquiers du FMI comme des banques privées continuent-ils à agir contre les intérêts de l’humanité ? Leur corruption, notoire, leur incompétence, trop souvent, et leur dangerosité, toujours, n’expliquent pas tout. Nous devons construire ce mouvement global qui proclame que l’être humain seul doit être au centre de notre action, et pas le « marché » ou « la lutte contre le Mal » ou tel autre gadget idéologique.

Remettons l’être humain au cœur de chaque pièce du puzzle ! 

Philippe Godard                                             

 

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