Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 04:47



Jessica est une jeune volontaire arrivée à la Satya Special School le 1er juin dernier. Elle nous livre son témoignage. Bouleversant.

 

Aujourd'hui deux françaises, étudiantes en médecine, sont venues visiter l'école. Je vais leur servir de guide.
Nous faisons le tour des classes. Les enfants ont été répartis en groupes. Le regroupement se fait essentiellement par type d’handicap : les autistes ensemble, une classe pour les trisomiques, une autre pour les enfants handicapés moteur...
 
A l’étage, c'est la classe des plus grands...ils sont autonomes et travaillent. Ils font des tapis, des sacs, des broderies. Ce travail est utile car il permet ainsi à l'école de récolter quelques fonds. Mais surtout ce travail est important pour eux-mêmes car il contribue à leur donner confiance.
 
Puis nous traversons la rue pour visiter la salle de physiothérapie. Ici on rééduque les enfants. On leur apprend à marcher. Pour cela, on leur déplie les jambes (parfois recroquevillées car ils n'ont pas de muscles), les bras, le torse.

Je propose aux filles qui sont en médecine de suivre un instant Vijay, un garçon d’une dizaine d’années.  Sa main droite est recroquevillée, il ne peut pas l'utiliser. Le physiothérapeute travaille sur les muscles et envoie un courant électrique dans son avant bras afin de les stimuler. Il nous explique tout ça avec quelques mots que les filles comprennent immédiatement. Les pratiques sont les mêmes qu'en France, la seule différence c’est le matériel, et les moyens. Il y en a peu ici…
 Vijay continue de sourire. Puis le physiothérapeute lui déploie progressivement la main; le visage de l'enfant se crispe. Il ne sait pas parler, mais il émet des sons de douleur. Avec sa main libre il tente de retirer la main manipulée, torturée. Mais il ne tape pas. Il comprend que le physiothérapeute fait ça pour son bien. Les larmes ruissellent, l'enfant contient ses cris autant qu'il le peut. L’émotion se lit sur le visage devenu blême des étudiantes françaises.

 

Au début en arrivant dans le Centre, tu penses qu’avec l’habitude ces pleurs qui t'entourent vont moins te déchirer, que tu vas t'habituer. Mais on ne s'habitue pas aux cris de souffrance d'un enfant, à ses pleurs déchirants. Tout comme lui, qui ne s'habitue pas à cette douleur, bien qu'il sache pertinemment que c'est pour son bien qu'on le fait souffrir.


Le physiothérapeute  place ensuite une attelle pour maintenir la main droite et le pouce en bonne position. Les filles m'expliquent que c'est pour éviter qu'il ait de l'arthrose, en plus. En Europe on laisse l’attelle toute la nuit ; ici il n'y en a qu'une seule pour tout le Centre. D'autres enfants en ont aussi besoin.
Alors Vijay la garde une heure 1/2... Une heure et demie infernale, où les larmes ne cessent de ruisseler sur ses joues. Ses parents ne sont pas là, ils sont au travail. J'essaie autant que possible d'être dans les parages pour pouvoir essuyer ses larmes et lui proposer mes bras, espérant pouvoir le consoler un peu.
 
Des cas comme celui ci il y en a toute la journée qui passent entre les mains réparatrices des deux physiothérapeutes. Les cris, les sanglots déchirants, c’est leur quotidien. Faire marcher des enfants à l'aide du déambulateur, c'est ce que le responsable physio me demande en général. Croyez moi, ce n'est pas facile! L'enfant pleure, mais on doit faire avancer la béquille afin que l'enfant s'accroche et progresse. Et moi, c'est mon cœur et mes tripes que je dois maîtriser pour continuer à sourire, à leur sourire, à les rassurer et les faire travailler sur leurs muscles, pour que les résultats soient là ! Après plusieurs semaines de souffrance, certains enfants marchent. Toujours en titubant, certes, mais ils ne pleurent plus car la douleur est moins forte, leurs muscles commencent à se former…C’est une belle récompense pour tous…
Si ces enfants avaient pu être pris en charge plus jeunes, ils souffriraient beaucoup moins..



Lire aussi l'article
Jessica, volontaire à la Satya Special School !

Pour feuilleter l'album photos de Jessica, cliquez
ici

Partager cet article

Repost 0