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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 10:03

Gérard & Mireille BRUN-CORDONNIER

 

Notre visite à l'orphelinat de VUDHAVI KARANGAL (Pondichéry),

 

le dimanche 5 Janvier 2014

 

...ou une belle façon de commencer l'année

 

1 - Préambule

 

Arrivés la veille à Pondichéry, nous avons au cours des jours précédents beaucoup marché dans les rues de Madras.

 

Avec 7 millions d'habitants et une superficie de plus de 400 km², celle qui s'appelle aujourd'hui Chennai, est la 4ème ville de l'Inde, et la première ville de cette province tamoule du Tamil Nadu, sur la Côte de Coromandel que borde le Golfe du Bengale, face à l'état du Sri Lanka, distant seulement d'une trentaine de kilomètres.

 

Certes, nous n'étions pas venus voir l'Inde des Maharadjas et du Taj Mahal, mais les rues que nous avons parcourues dans Chennai nous ont beaucoup impressionné.

Par endroits nous nous sommes vraiment demandé comment des êtres humains, et en particulier des enfants, pouvaient survivre dans un tel univers.

 

La suite de notre voyage va nous montrer de la plus belle manière comment quelques uns d'entre eux pourront en être retirés.

 

2 – L'orphelinat de  VUDHAVI KARANGAL

 

Après avoir parcouru en rickshaw sur toute sa longueur la Mahatma Gandhi Road, qui traverse du Nord au Sud la vieille ville de ''Pondi'', nous arrivons à 11h précises à notre rendez-vous, la maison d'Alice Thomas, fondatrice de l'orphelinat en 1992, avec Maran, son mari.

 

Nous y sommes rejoints par Alain Cornillot-Appavou, un français vivant ici qui constitue un lien précieux avec l'association « Enfants des Rues de Pondichéry » - Président Michel Berthet - fondée en 2001 pour collecter en France des fonds destinés à venir en aide aux enfants de Pondichéry  voués à la rue.

 

Sitôt faites les présentations, Maran nous conduit à Nonankuppan, 6 km plus au sud par l'East Coast Road.

 

Là se trouve l'orphelinat de Vudhavi Karangal, centre des garçons, en bordure de l'estuaire de la Gingee River (le centre des filles se trouve 4 km plus au sud).

 

Le portail ouvre sur une cour intérieure autour de laquelle sont disposés les différents bâtiments dédiés à la vie de l'établissement

 

                                                                     1 - Orph. garçons - La cour                                                          

  1a - Orph. garçons - La cour (2)

 

Nous visitons successivement les dortoirs, tout propres et bien rangés,

2a - Orph. garçons - Dortoir

 

2 - Orph. garçons - Dortoir

 

 

la salle de musique en pleine action,

3 - 0rph. garçons - Salle de musique (1)

 

3a - Orph. garçons - La salle de musique (2)

 

3b - Orph. garçons - Entraint. aux percussions

 

 

3c - Orph. garçons - Les instruments de musique

 

 la cuisine, 

4 - Orph. garçons - La cuisine

 

la salle des devoirs,

5 - Orph. garçons - La salle d'étude

 

l'atelier destiné aux travaux techniques.

6 - Orph. garçons - L'Atelier

 

Toutes les activités sont organisées et supervisées par Maran, dont la compétence va de la musique et du chant au poste à soudure, quand ce n'est pas élever des poissons d'aquarium...(v. ci-après). Les enfants les plus grands (qui en fait ne sont plus vraiment des enfants), participent à l'encadrement des plus jeunes.

 

En effet, il n'est pas toujours simple d'organiser la vie et les activités de Vudhavi Karangal avec des ''enfants'' dont l'âge varie de 3 à 24 ans. Les plus grands ont besoin de plus d'autonomie, de calme pour lire, étudier, écouter de la musique. Bref, les rythmes ne sont plus les mêmes.

 

Alice et Maran ont donc prévu de construire une ''Youth Home'' juste en face des bâtiments actuels, de l'autre côté de la rue, là où se trouvait auparavant la ''Fish Farm'', un élevage de poissons d'aquarium qui a longtemps représenté une source intéressante de revenus pour l'orphelinat. Cette nouvelle annexe accueillera les plus de 18 ans.

 

Les travaux ont commencé. Ils se poursuivent au fur et à mesure que des financements permettent de réaliser cette extension.

 

Alors que nous constations avec une certaine admiration tout ce qui est fait pour que les pensionnaires de l'orphelinat puissent recevoir une éducation très complète, à la fois intellectuelle, technique, manuelle et culturelle, l'heure a tourné. Il est 12h.30…

 

Nous sommes invités à passer au réfectoire pour prendre le repas de midi avec les enfants qui sont chacun à leur place

7 - Orph. garçons - Attente du repas

 avec leur gamelle - pour le moment vide et retournée - placée bien à plat devant eux.

En ce dimanche ils attendent (sagement, mais sans doute impatiemment) la venue d'un généreux donateur (en nourriture, si nous avons bien compris), propriétaire d'un café restaurant à Pondichéry.

Lors de son arrivée, celui-ci est chaleureusement applaudi et remercié d'une seule voix par la petite assemblée. Après quelques paroles en retour, le donateur prend place (en blanc, au centre) pour assurer la distribution du repas. 

8 - Orph. garçons - A la soupe !

 

Les tout petits doivent porter leur gamelle au-dessus de leur tête pour arriver au niveau des chaudrons.

 

Mais l'attente a donné des forces et l'appétit semble au rendez-vous  

9 - Orph. garçons - L'appétit semble au rendez-vous

 

 

Nous partageons avec eux, le même repas, dans la même gamelle métallique ronde.

Par contre, nous sommes beaucoup moins habiles qu'eux pour manger à ''l'indienne'', c'est à dire sans couverts...Il n'empêche, tout cela est très bon !

                                                                                     

 

A l'issue du repas, après un échange de remerciements et une belle moisson de sourires, les petiots s'emparent de nos mains pour nous raccompagner avant d'aller se reposer.

Nous repartons en voiture avec Maran et Alain. Direction l'orphelinat des filles situé à TN Palayam, 4 km plus au sud, soit à peu près 10 km de Pondichéry.

Un village traditionnel d'environ 700 habitants.

 

Le bâtiment est en fait une grande villa tamoule acquise, rénovée et aménagée grâce au financement de l'Association « Enfants des Rues de Pondichéry » et d'une autre association française.

Comme pour l'orphelinat des garçons, l'accès en est bien verrouillé. La porte ouvre sur une petite cour proprette pleine de fleurs, de plantes, et de jolis sourires.

Puis nous entrons dans un patio au ciel fermé par une grille. Les petites filles sont bien protégées (mais nous avons remarqué que c'est ainsi dans de nombreuses habitations).

 

Là aussi, accompagnés par des dizaines de petites mains qui ne nous laissent pas un doigt, nous visitons les différentes dépendances où se rythme la vie de l'orphelinat.

D'abord la salle des devoirs,

10a - Orph. filles - Salle d'étude (2)

 

10 - Orph. filles - Salle d'étude

 

où l'on est fort dissipées, mais bon c'est dimanche. Et puis il faut bien que les caractères s'expriment, surtout devant les visiteurs...

Toutes sont bien soignées, portent de jolies petites robes, leurs magnifiques cheveux bien coiffés.

 

Ensuite, c'est le dortoir. Là encore, tout est en ordre et bien rangé. Comme partout dans les deux centres de l'orphelinat.

Puis nous passons dans un espace de verdure, un enclos dédié à l'apprentissage du jardinage.

 

Comme les garçons, les filles sont initiées à toutes sortes d'activités : tressage de paniers, 

11 - Orph. filles - tressage

 

musique et chant,

12 - Orph. filles - Musique traditionnelle

 

danses traditionnelles,

13 - Orph. filles - Danses traditionnelles

 

couture, fabrication de petites parures et bijoux     

14 - Orph. filles - Confection de bijous et parures

 

 et, comme nous venons de le voir, le jardinage. Le tout bien initié et encadré par Maran, de qui il émane visiblement l'affectueuse fermeté qui sied à la bonne éducation. On devine en effet quelques petits caractères déjà bien trempés...

 

Retour dans le patio, où nous nous installons sous le préau pour écouter musiques et chants donnés par la petite collectivité en l'honneur de notre visite.

Les grandes filles jouent de la ''Veena'' (Sarasvati Vînâ), sorte de grand luth d'environ 1,5 mètre comportant deux caisses de résonnance, dont la plus petite, située à l'extrémité du manche, repose sur la jambe de la musicienne.

Pour l'avoir soupesé, nous pouvons dire qu'il s'agit d'un instrument imposant et lourd...

15 - Orph. filles - Joueuses de Veena

 

Les joueuses portent trois onglets à la main droite pour pincer les épaisses cordes.      15a - Orph. filles - Joueuse de Veena                                                                                                                       

 

Nous remarquons un ''Mridangam'', sorte de tambourin rythmique à percussion digitale en forme de tonnelet de 50 à 60 cm de long. Il comporte deux extrémités de percussion opposées

16 - Orph. filles - Joueuse de Mridangam

et accompagne généralement la Vînâ.

 

Un pot en terre cuite à large ouverture, appelé ''Kutam'' (ou Ghatam) fait aussi partie des instruments que nous allons entendre.

16a - Joueuses de Mridangam et Kutam

Le son est produit en faisant résonner le corps de l'instrument en le frappant du plat ou de la tranche des mains, du poignet, du bout des doigts, phalanges, ongles. Très dur pour les petites mains (v. ci-après).

 

Tout le monde est prêt ! Maran ''donne le la'' et dirige ensuite très discrètement la musique, mais aussi les chants à caractère traditionnel qui racontent, à ce que l'on nous explique, des histoires d'amour et de paix.

Nous applaudissons régulièrement toutes ces jeunes musiciennes et chanteuses qui semblent si bien maîtriser leur art.

Le dernier chant qui nous est offert est dédié à la mémoire du Mahatma Gandhi, le Père de la Nation.

 

Je dis en douce à Maran que, bien qu'étant assez près, je n'ai pas très bien perçu le son du Kutam (le pot en terre). Il nous fait aussitôt une petite démonstration.

Evidemment, les notes sont beaucoup plus fortes. La taille des mains l'étant aussi...

Pour faire résonner un pot de terre avec les doigts, il faut déjà taper dur !

Sans doute plus facile avec le Mridangam (le tambourin).

 

Mais le temps ne suspend pas son vol, et les heures filant bien vite en aussi bonne compagnie, de sourires en éclats de rire, de regards affectueux en mains qui se lient, le moment est venu de remettre notre modeste contribution à la vie de l'orphelinat.

Un sac, apporté en soute avec notre propre bagage, contient des vêtements et quelques fournitures scolaires. Peu de choses en somme.

 

Pour agrémenter ce petit don, nous remettons en préambule les jolis dessins qu'Alicia, une petite fille de 5 ans vivant en Ile de France, a tenu à faire parvenir aux enfants de l'orphelinat après que sa maman lui eût expliqué le but de notre venue.

Maran traduit tout cela aux fillettes. Aussitôt les yeux s'écarquillent, les sourires illuminent les visages, et les applaudissements jaillissent tandis que Maran brandit un à un les dessins

17 - Orph. filles - Maran montre les dessins d'Alicia

qui passent ensuite de mains en mains.

En remerciement un joli collier sera spontanément créé pour que nous le remettions à Alicia à notre retour. Promis juré ! Mireille aura aussi le sien.

 

Et puis vient le moment de se quitter ; les petites mains pressent plus fort les nôtres tandis que tout le monde s'installe pour la photo de fin de journée. Une photo d'au-revoir, pas d'adieu. 19 - Orph. filles - Ce n'est qu'un au revoir...19a - Beaucoup de choses dans cette photo...

 

19b - Dur dur de se quitter

 

19c - Un peu à moi, quand même !

                                                                                                                          

 

Un dernier chant nous est donné, sans instruments cette fois, qui parle probablement, comme les précédents, d'amour et de fraternité. Nous ne pouvons en comprendre les paroles, mais une autre belle chanson nous vient à l'esprit :

 

« Né quelque part ».... (Maxime Le Forestier)

 

3 – Et s'il fallait écrire un épilogue...

 

Bien avant de venir à Pondichéry, nous avions une certaine expérience de ''l'humanitaire'' (Sahel, autres pays d'Afrique, Madagascar).

 

Cette visite n'en était pas une. Juste un moment de partage, mais au cours duquel, finalement, nous avons reçu beaucoup plus que nous n'avons donné.

Tous ces sourires radieux, ces regards lumineux, ces petites mains chargées d'affection, pour nous qui étions seulement de passage...

 

Nous avons vu des enfants heureux, gais et rieurs. Eux ne savent pas faire semblant.

 

Nous avons vu des enfants aimés et protégés, scolarisés, éduqués, soignés.

Tout ce qui leur est enseigné dans le cadre de l'orphelinat est fait pour les construire et les épanouir.

 

Hier ils étaient des gosses des rues. De ces rues où nous avons beaucoup marché, et dans lesquelles nous avons clairement perçu les risques que peuvent encourir de jeunes enfants vivant dans un tel milieu.

 

Les en soustraire n'est d'ailleurs pas chose simple. Très tôt ils ont appris à survivre dans les cloaques et l'insalubrité, dans la mendicité, parfois dans la drogue, la prostitution de la mère. La récupération peut donc s'avérer longue et difficile.

 

Mais la volonté et l'énergie déployées par Alice et Maran soulèveraient des continents !

Au fil des années leur ténacité et leur enthousiasme ont été tels que l'aide autour d'eux s'est développée, et donc l'orphelinat aussi, qui est passé d'une trentaine de pensionnaires à 180 au jour de notre visite - filles et garçons - ce qui demande beaucoup, beaucoup d'organisation.

 

Demain, forts de ce que leur aura enseigné l'école, bien sûr, mais sans doute plus encore de ce qu'ils auront acquis au sein de l'orphelinat, et comme cela a d'ailleurs déjà commencé, ils quitteront le nid avec un métier, fonderont un foyer, apporteront à leur tour à leur entourage, leur environnement humain, et finalement à l'Inde, ce que leur aura donné Vudhavi Karangal.

 

Certes, la tâche est immense mais :

 

''Beaucoup de petites choses, par beaucoup de petites gens, en beaucoup de petits endroits, peuvent changer la face du monde''.

 

                             Et Victor Hugo ne disait-il pas : « L'utopie est la vérité de demain ».

 

Cela s'appelle tout simplement l'espoir

                                                     Six-Fours les Plages, le 31 Janvier 2014

                                                        Gérard & Mireille BRUN-CORDONNIER

                                                                                                                                                                   Remerciements

Nos sincères remerciements et notre gratitude vont :

⁃   A Michel Berthet, qui a mis sur notre chemin les petits cailloux blancs qui nous ont conduits jusqu'à Vudhavi Karangal.

⁃   A son Association ''Enfants des Rues de Pondichéry'', pour tout ce qu'elle rend possible là-bas.

⁃   A Alice Thomas, sans laquelle l'orphelinat n'aurait pas vu le jour, et à Maran, son mari, sans lequel il ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui. A tous les deux, pour leur accueil, leur gentillesse, et leur disponibilité.

⁃   A Alain Cornillot-Appavou, qui nous a gentiment accompagnés, et apporté les commentaires appropriés tout au long de cette belle journée.

 

Sans oublier bien sûr les enfants de cet orphelinat de Pondichéry, dont les visages aux regards et sourires lumineux accompagneront longtemps notre mémoire.

 

 

 

                                                                 

 

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