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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 19:49
Article de Noëlle Cousinié, paru dans Ouest-France en 2006.

Jeune fille, Alice Thomas étudiait le droit pour devenir avocate.

Enveloppée dans un sari chatoyant, le visage souriant, Alice regarde l'enfant qui surveille une énorme gamelle sur un feu de bois. C'est dimanche, le goûter sera royal avec bol de lait et biscuit. Le regard perdu vers le fleuve qui coule au pied de l'orphelinat, Alice raconte ses 20 ans. L'âge de son engagement.

Étudiante en droit à Pondichéry en 1991, elle participe alors avec Maran*, son copain d'école et de quartier, à l'action des Volontaires contre l'illettrisme des pauvres. Un jour, Saravanam, un enfant de 8 ans, vient mendier au bureau. Alice lui propose de lui apprendre à écrire.

Le gamin est d'accord. Il revient avec d'autres gamins des rues. Mais ce n'est pas simple. Même les familles d'Alice et de Maran restent dubitatives devant leur projet d'ouvrir un orphelinat : « Les enfants des rues sont difficiles à gérer. »


Le bureau des Volontaires est trop petit. Alice repère une auberge d'enseignants dont la terrasse est libre. Elle propose d'y bâtir un toit pour transformer la terrasse en dortoir. « Pendant deux ans, on est restés là mais on avait des problèmes avec toute la rue, car les enfants étaient bruyants. Ils n'aimaient pas se laver. Dès 8 ans, ils fumaient, se droguaient. Certains avaient une mère prostituée. Quand arrivait un nouveau film au cinéma, des gosses fuguaient pour s'y rendre, et y dénicher des clients pour leur mère. »


Les enfants se retrouvent bientôt à trente sur 40 m2 de terrasse. Il faut trouver un local. « Personne ne voulait nous louer en ville. On était très jeunes, sans le sou. Mon oncle nous a offert un terrain à l'extérieur de Pondichéry**. » Avec l'aide des enfants, ils construisent l'orphelinat. Maran, pour gagner plus d'argent, se lance dans le commerce d'aquarium. Alice compte chaque sou, elle fait les courses et guette les produits les moins chers. « On ne savait jamais comment on allait finir le mois. Je disais aux enfants : «Pour que vous ne mendiiez plus, c'est moi qui mendie des aides, mais pour la bonne cause.»


Au bout de dix ans, l'orphelinat prend l'eau. Alice et Maran se lancent alors dans la construction d'un grand bâtiment sur trois niveaux, encore inachevé***. « Avant le tsunami, j'avais trente-cinq enfants. Maintenant, j'en ai quarante-cinq. » Depuis un an et demi, le danseur musicien Raghunath Manet, qui se partage entre la France et l'Inde, l'aide. Il envoie ses professeurs, pour que les enfants s'épanouissent par l'art. La récompense d'Alice et de Maran se lit dans les yeux des orphelins. Maintenant elle rêve de créer un orphelinat pour les filles. Alice et Maran en élèvent déjà cinq dans leur maison de Pondichéry...

 

* qui deviendra son mari.

** Terrain situé à Nonankuppam

***ce bâtiment sera achevé en 2008

 

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